Tisser les souvenirs, broder la mémoire des paysages - Rencontre avec Hélène Monfort

Artiste visuelle installée à Montréal, Hélène développe une pratique singulière mêlant aquarelle, acrylique et broderie. Française d'origine, elle explore dans son travail les liens sensibles que nous entretenons avec les territoires — ceux que nous habitons, ceux que nous avons quittés, ceux que nous traversons.


Découvre le portrait d'Hélène dans le cadre d'un reportage photographique et vidéo explorant son processus créatif ainsi que son univers.

Immersion en nature avec Hélène, là où naissent ses inspirations et où se dessinent les premières esquisses de ses paysages.

LA NATURE COMME ANCRAGE
Dans ton travail, la nature occupe une place centrale. Peux-tu nous parler de ce lien que tu entretiens avec elle ?

La nature a une place importante parce que c'est là où je me sens le mieux. Par exemple, si j’ai besoin de réconfort, c'est systématiquement en pleine nature — soit au bord de la mer, soit en forêt- que mon imaginaire va m’emmener. C'est le genre d'environnement qui me touche et me fait vibrer donc mon inspiration y prend directement sa source.

“ Ce sont des moments qui m'apaisent et qui me font me sentir bien, en accord avec qui je suis et le monde dans lequel on vit. ”

Mes tableaux sont une représentation de mes souvenirs et de mon imaginaire, de moments précieux que j'ai envie de mettre sur la toile et de fixer.

J'ai envie de transmettre à travers mes œuvres la sérénité que ce type d'environnement me donne, afin que les gens se projettent à leur tour, que ça leur rappelle des souvenirs, qu'ils retrouvent cette sensation de retour aux sources. Des moments dans lesquels on se sent apaisé, serein, lorsqu’on est en connexion avec la nature.

Chaque détail que nous renvoie la nature, je vais essayer de le retranscrire dans mes œuvres à travers une transparence, une couleur, une luminosité, un mélange de matière. C'est aussi pour ça que mes œuvres ne sont pas forcément figuratives. J'essaie de retranscrire une ambiance et une atmosphère pour que l’on puisse s'identifier à quelque chose que l’on a dans notre imaginaire ou dans nos souvenirs.

Quand je me promène, je prends des photos, des notes et des croquis. Mais au moment où je vais créer, je vais faire appel à mon imaginaire et à mes souvenirs pour l’adapter à ma sensibilité du moment. Cela me permet de ne garder que l'essence de ce que j'ai retenu de ce paysage.

Portrait-editorial-artiste-montreal
Reportage lifestyle , portrait créatif

L'IMMIGRATION COMME POINT DE DÉPART
Tu as émigré de France vers le Québec. Comment ce déracinement a-t-il influencé ta pratique artistique ?

J'ai vraiment commencé à ressentir le besoin de créer au moment où j'ai émigré, parce que j'avais constamment l'esprit dans mon pays d'origine plutôt que là où j'étais. Du coup, je fonctionnais énormément aux souvenirs et aux projections. Ma tête était ailleurs.

Je pense que j'ai essayé, par mes œuvres, de me réancrer dans le présent tout en intégrant ces souvenirs et ce passé. Il y a eu un gros processus personnel de lien entre mon passé et mon présent, entre mes souvenirs et la création de nouveaux moments, dans ce nouveau pays. "

“ Au moment où j'ai émigré, il s'est passé quelque chose. C'est là que j'ai vraiment commencé à créer des choses plus personnelles, plus sensibles."

C'est cet événement-là qui a donné un point de départ à un besoin plus profond de créer de manière personnelle, de fil en aiguille...

Contenu éditorial complet par une photographe freelance
Photographie éditoriale, reportage immersif en nature de l'illustratrice

CRÉER LORSQU’ON HABITE EN VILLE
Vivre à Montréal, avec un accès limité à la nature, est-ce un défi pour toi ?

" J'ai soif de nature tout le temps. Quand je suis en ville, j'essaie d'assouvir cette soif et de retrouver cette sensation en créant des environnements naturels avec mes œuvres. "

Comme je fais appel à mes souvenirs lorsque je crée mes toiles — qu’ils soient récents, anciens ou mélangés — je pense que le fait d'être en ville participe à mon envie de créer et à mon inspiration. Je ne prévois pas de sorties spéciales pour créer. Les moments d’immersion en nature sont précieux et j’en profite à ce moment là.

Ceci dit, si je ne le fais pas pendant un trop long moment, je le sens. Il faut que je sorte de la ville.

Contenu visuel éditorial et portrait documentaire pour média

CÉDER À LA TENDANCE
As-tu déjà été tentée de créer des œuvres plus mainstream, plus tendance ?

Au début, je créais des oeuvres très figuratives — des animaux à l'aquarelle, poilus, mignons, qui plaisent à tout le monde. Je les adore toujours et j'adore encore les faire parce que le processus de coller à une image et de la reproduire exactement est très satisfaisant, et en plus c'est un bon exercice.

Mais plus ça va et plus j'ai plaisir à prendre de la liberté dans ce que je crée. Mes paysages étaient relativement figuratifs également, et puis ils ont été de plus en plus abstraits, avec des tâches, des effets de transparence. Je me faisais plaisir juste dans le fait d'avoir de la couleur, de la lumière et de la transparence.

À partir du moment où tu commences à aller sur ce chemin-là et à découvrir cette liberté de créer et de juste faire ce que tu as en tête, tu y prends goût. C'est un peu addictif d’explorer ce que tu as dans le corps et de faire ce qui te correspond vraiment, ce qui te colle à la peau.

" La question de faire des choses qui plaisent au plus grand nombre se pose de moins en moins. J'ai trop pris goût à la liberté de faire ce qui me plaît et ce qui me convient intimement. "

Quand on se cherche au début, oui, on fait des choses qui plaisent. Mais plus ça va, plus je colle à ce que je veux vraiment retranscrire, à ce que j'ai vraiment dans les tripes, dans la tête, à ce qui m'habite vraiment. Je vois que ça parle et que ça touche certaines personnes, tant mieux. Mais je respecte avant tout ce que j'ai à l'intérieur.

Entrevue avec Hélène Montfort– Photographies et texte © Amélie Pedrini
Portrait professionnel éditorial d'une artiste montréalaise
Portrait storytelling pour magazine

L'HÉRITAGE IMPRESSIONNISTE
J’ai l’impression de retrouver ce mouvement dans tes oeuvres, est-ce qu'il y a de ça dans ton style ? Est-ce une source d’inspiration ?

Oui, complètement. Avec mes paysages à l’aquarelle, je disais souvent que j'avais un style impressionniste parce qu'effectivement, il y a une recherche de vibration de couleurs par ajout de petites touches qui se complètent et créent un ensemble, une luminosité.

J'adore cet effet-là et j'adore ce mouvement artistique. On le retrouve peut-être un peu moins sur les toiles brodées. Mais j'utilise des laines qui ne sont pas toujours unies, qui ont souvent des petites variations de couleur, des variations dans le poil, dans la teinture. Et du coup, cela peut créer un effet un peu pointilliste : ces variations de couleur côte-à-côte vont vibrer ensemble. Aussi, je retrouve un peu le même processus que quand je faisais des petits points à l'aquarelle et c’est un geste qui s'inscris dans le temps.

 

Découvre le travail de l’artiste :

www.helenemonfort.com
Instagram : helenemonfort_art



Toutes les photographies ont été prises par Derrière ta marque
Interview par Derrière ta marque

oeuvre-HélèneMonfort

« Neige de printemps », 2025 – Hélène Monfort
« Champs de fleurs », 2025 – Hélène Monfort
Photos @galerie_c.o.a et @seminaroj

© 2025 Amélie Pedrini – Photographie et contenu visuel. Tous droits réservés.

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