De la terre à la terre : Cultiver le vivant

Rencontre avec Silvio Lutz

Fondateur d'Aki Agriculture et créateur du ComposTerre

C'est à Montréal, dans une serre où grimpent les tomates, poussent fines herbes et autres légumes, que Silvio nous accueille. Ici, les plantes poussent un peu à leur guise, et c'est justement ce qui plaît à celui qui se présente en souriant comme un « jardinier rebelle ».

Ingénieur industriel de formation devenu horticulteur, il a fondé il y a bientôt un an Aki Agriculture, née d'un besoin simple et tenace : transmettre.

Du bureau d'ingénieur au jardinier rebelle

Rien ne prédestinait vraiment Silvio à passer ses journées les mains dans la terre. Formé au génie industriel, il connaît les cadres, les normes, la logique des systèmes. Mais une passion couvait, plus ancienne et plus vive : celle des plantes.
« J'ai beaucoup appris en faisant un potager, puis je me suis impliqué de plus en plus », se souvient-il. Pendant huit, neuf ans, il accumule les savoirs, les essais, les intuitions. Jusqu'à ce qu'un manque se fasse sentir.

« Il y avait quelque chose en moi qui manquait. Il fallait que je transmette ça. Et c'est de là qu'est né Aki Agriculture. »

SILVIO LUTZ, FONDATEUR D'AKI AGRICULTURE

Naissance d'Aki Agriculture

Aki commence par des ateliers, diffusés lors d'événements horticoles montréalais. Un public se dessine peu à peu, souvent des jeunes, souvent des citadins qui découvrent le jardinage pour la première fois, avec peu d'espace et peu de temps. Sa manière à lui, il l'assume : elle bouscule les règles. « Je défie beaucoup de lois du jardinier classique. Les distances de plantation, tout ça, je m'en fous un peu et ça pousse très bien. » Dans sa serre, il n'arrose presque jamais et récolte quand même des courgettes. Car sa philosophie tient en une idée : on n'est pas les maîtres des plantes, on les accompagne. « C'est elle qui fait tout le travail, qui va chercher les nutriments, qui décide où pousser. Nous, on l'accompagne, c'est tout. »

Rendre à la terre ce qu'on lui prend

Au cœur de sa démarche, il y a une question qu'il retourne comme une évidence trop longtemps oubliée. Dans une maison, on jette beaucoup de déchets organiques, dont la plus grande partie finit à l'enfouissement, quand il s'agit d'une matière gratuite dont on pourrait profiter.

« Souvent, on veut prendre de la terre, prendre les légumes. Mais qu'est-ce qu'on donne à la terre ? Comment on la nourrit ? »

SILVIO LUTZ, FONDATEUR D'AKI AGRICULTURE

Pour lui, c'était fondamental : changer cette façon de penser, de consommer, de jardiner, et redevenir un acteur du cycle. « Moi, je vais composter mes résidus, nourrir la terre, la rendre meilleure. Et naturellement, la nature nous en donne encore plus. » La terre, chez Silvio, n'est pas un décor : c'est un socle, presque sacré. « C'est elle qui nous nourrit, c'est ce qui nous a nourris, et c'est ce qu'on doit protéger. »

Rendre à la terre

Le ComposTerre, ou la terre qui crée la terre

L'objet est né d'un hasard heureux. Silvio compostait déjà, mais dans des bacs de plastique recyclé, peu esthétiques. « Il fallait le cacher quand il y avait des visites. Et moi, je veux le montrer », sourit-il. Un jour, il réfléchit avec une amie et sa copine ; trois cerveaux autour de la table : lui, l'ingénieur fou de plantes ; Nayeli, designer de l'environnement ; et Michelle, céramiste. La réponse s'impose : un composteur, mais fait d'une matière noble, à l'opposé du plastique. « Si un jour ça casse, on ne veut pas que ça pollue. L'argile, la céramique : si ça casse, ça revient à la terre. » De prototype en prototype, aidé par sa logique d'ingénieur « un ingénieur, c'est quelqu'un qui résout des problèmes », le trio met au point une solution belle et durable. Et le nom dit tout : Aki signifie « terre » en anishinaabe, une terre qui équivaut au sacré ; ComposTerre réunit le compost et la terre en un seul mot.

« C'est de la terre qui crée de la terre. C'est fou, c'est magique. »

SILVIO LUTZ, FONDATEUR D'AKI AGRICULTURE

La naissance de ComposTerre
Ça sent la forêt

Des vers de terre, ces petits super-héros

Le secret du ComposTerre tient dans une poignée de locataires discrets. En cherchant comment composter vite, en petit, à l'intérieur, malgré les hivers québécois qui gèlent les composts de jardin, Silvio a trouvé sa clé : les vers de terre. « De petits super-héros qui viennent manger les résidus très rapidement. » Le lombricompostage accélère tout, ne dégage aucune odeur, et donne un compost deux fois plus riche qu'un compost classique : quatre fois plus rapide, sans mouches, assez compact pour une cuisine d'appartement.

Reste le grand malentendu qui freine tant de débutants : l'odeur. Silvio raconte, amusé, la visite d'un ami venu sentir son compost. « Il m'a dit : ça sent la forêt. Et je lui ai répondu : oui, c'est exactement ce que devrait sentir un compost. » Le reste n'a rien de sorcier. « Ça me prend dix minutes par semaine. Ce sont elles qui font tout le travail pour nous. »

Modulable comme des Lego

Si le ComposTerre séduit autant, c'est aussi parce qu'il a été pensé comme un jeu. « On a conçu le design pour que ce soit modulable, comme des Lego : si on veut ajouter des plantes, on met un module au-dessus. » Derrière l'objet, il y a l'enfant que Silvio n'a jamais tout à fait rangé. « Quand j'étais petit, j'aimais deux choses : la forêt et les Lego. » Composter, cultiver quelques fines herbes, empiler les modules : le geste écologique redevient un plaisir d'enfance, une manière de rejouer dans la terre comme on le faisait petit.

Jouer, s'amuser
La révolution par la terre

Son but tient en peu de mots : changer les mentalités et accompagner les gens, chacun à son échelle. Que l'on vive en appartement ou qu'on cultive un grand jardin, l'invitation reste la même : revenir à la terre. C'est peut-être là, dans ce geste modeste et joyeux, que commence la révolution que Silvio appelle de ses vœux : celle qui, dit-il, « passera par la terre ».

 

En savoir plud sur Aki Agriculture et ComposTerre : aki-agriculture.com Instagram : @aki.agri



Toutes les photographies ont été prises par Derrière ta marque

Interview par Derrière ta marque

© 2026 Amélie Pedrini. Tous droits réservés.

Suivant
Suivant

Comment choisir un lieu de séance photo quand on n’a pas de bureau ?